Comment une bande de pirates peut-elle faire aimer les maths aux enfants ?

© Kiupe / Big Company

Jouer pour apprendre

Notre postulat de départ, lorsque nous avons fondé Kiupe, était que les jeux vidéo étaient sans pareil pour apprendre. C’était au début plutôt de l’ordre de la conviction et de l’expérience personnelle mais en nous intéressant un peu à la littérature sur le sujet (très abondante) on peut se rendre compte que nos intuitions étaient bien fondées.

La question est bien entendu complexe car on touche à de nombreux champs de recherche, entre la didactique, les neurosciences, la psychologie. Dans cet article, nous allons aborder un point crucial dans l’apprentissage : l’engagement.


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Le besoin de motivation intrinsèque

Lors d’une conférence en 2015, nous avions pu écouter André Tricot nous présenter quelques travaux et notamment ceux de David C. Geary, psychologue américain spécialiste du développement cognitif. Celui-ci distingue deux types de connaissances : d’un côté les connaissances primaires (reconnaître un visage, apprendre à parler, etc.) dont l’apprentissage se fait de façon inconsciente, implicite, tout au long de l’évolution, et de l’autre les connaissances secondaires, qui sont des apprentissages conscients et qui nécessitent de l’effort et une pratique délibérée, souvent longue.

Concernant la motivation, ou l’engagement, elle est non-nécessaire, ou intrinsèque dans les connaissances primaires, mais nécessaire dans les connaissances secondaires. Dans notre cas donc, l’apprentissage des mathématiques nécessite un niveau d’engagement important.

On peut dès lors se poser la question de savoir s’il est possible d’utiliser les moteurs d’engagement des connaissances primaires, tel que l’immersion, l’exploration, le jeu,… dans l’apprentissage des connaissances secondaires.

Bon, je pense que vous nous voyez venir 🙂 .

Dans les jeux vidéo

Dans un article sur la motivation intrinsèque dans l’éducation et les jeux vidéos, Jordan Shapiro parle justement de l’un des facteurs qui pour lui est essentiel : la contextualisation.

On retrouve ainsi dans les jeux vidéo de nombreux constituants fondamentaux qui sont peuvent être des moteurs d’engagement fort : l’exploration et la découverte, le challenge face à un obstacle qu’on pense pouvoir franchir, la collaboration (ou la compétition), mais nous nous attarderons dans cet article sur la capacité du jeu vidéo à contextualiser des situations qui pourraient être abstraites, en particulier dans le domaine des mathématiques.

On peut donc dire que la capacité des jeux à contextualiser l’apprentissage est un vecteur majeur d’engagement. Couplé aux feedbacks immédiats qu’ils sont capables de générer, ils permettent au joueur de s’engager pleinement dans son acquisition de savoir et de compétence.

Et c’est le sens du travail que nous avons effectué sur Math Mathews


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Des pirates à l’assaut des mathématiques

Un univers avec des pirates, de la magie, de l’aventure, des rivaux qui collaborent malgré leurs différends, et des mystères. Tout cela afin de créer les conditions favorables à l’engagement de l’enfant dans l’apprentissage des notions mathématiques.

Tous les jeux de l’univers exposent une partie de l’histoire globale : Mathews et Buck, deux rivaux célèbres dans le monde de la piraterie, ont subi une malédiction qui les a transformé, en poulpe pour l’un, en gorille pour l’autre. S’ils s’affrontent au début (dans le premier jeu) ils s’aperçoivent rapidement qu’ils doivent collaborer pour avoir une chance de retrouver leur forme humaine.

Voici comment nous plaçons les différentes occurrences de l’univers sur une frise chronologique.

Les jeux

Faisons un focus sur Math Mathews : Multiplications. Ce jeu a été le premier que nous ayons réalisé chez Kiupe, il y a plus de 4 ans. On s’était dit à l’époque qu’il n’y avait qu’une seule formule qui puisse fonctionner pour retenir les tables de multiplications : la répétition. Il fallait donc trouver un moyen de motiver l’enfant à répéter encore et encore les multiplications pour les mémoriser.

Nous avons ainsi imaginé des situations de jeu afin de favoriser cette répétition : une course sur rondins dans laquelle il faut se placer dans le bon couloir pour éviter les caisses piégées, une poursuite entre Buck et Mathews où les canons se répondent, et un monte-charge pour sortir d’un temple où la lave est en train de monter.

Nous avons travaillé avec des orthophonistes qui nous ont aidé à construire des challenge qui favorisent la compréhension du sens des multiplications, et leur expérience en logico-mathématiques a été à ce titre fort utiles.

Au final ce jeu a été un beau succès, et est encore téléchargé dans pas mal d’écoles.

La série d’animation


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Quand on nous a proposé de réaliser une série d’animation autour des mathématiques, nous avons immédiatement pensé au Capitaine Mathews et avons proposé un concept autour de notre univers, qui a été accepté par le diffuseur (France TV Éducation).

Même si la série ne propose pas d’interactivité, nous avons effectué un travail de contextualisation similaire. Nous sommes donc partis du programme scolaire, ici ceux du cycle 2, et avons choisi les points importants du programme. Pour chacun d’eux, nous avons ensuite tenté de réfléchir à des situations qui nous permettraient d’illustrer au mieux la notion.

Enfin, nous avons réparti toutes ces situations dans un scénario feuilletonnant d’aventure. Pour l’enfant, il faut avant tout qu’il perçoive la série comme une série d’aventure !

La série est en cours de production, et nous espérons pouvoir l’achever d’ici la fin de l’année !

Une préquelle pour le futur

Nous sommes en train de travailler sur un nouveau jeu : Math Mathews Fractions. Son nom est suffisamment évocateur pour que vous puissiez voir de quoi on parle.

L’histoire se déroule avant que Mathews et Buck ne soient maudits ; on les retrouve donc sous leur forme humaine. Nous avons souhaité aller encore plus loin dans l’action et l’aventure, et le gameplay s’en ressent certainement : combats et exploration sont les maitres mots !

Cette fois, nous avons collaboré avec l’Institut des Sciences Cognitives du CNRS et l’Université Lyon 1 pour travailler d’avantage l’aspect didactique. Ainsi, les différentes énigmes sur le parcours du Capitaine Mathews sont autant de situations concrètes permettant de comprendre les fractions. Mais nous reviendrons en détail sur ce travail dans un prochain article.

On espère que vous pourrez découvrir tout cela très prochainement, alors restez connectés 🙂